Le blog d'un auteur raté

15 janvier 2010

Voilà, c'est fini...

Rien à voir avec des résolutions nouvellannesques mais après trois années de vie, Warren Harel s'efface derrière son auteur.
Peut-être le temps qu'il a fallu à ce dernier pour accepter complètement que les adjectifs accolés à "auteur" n'avaient finalement que peu d'importance - même si ce concept de "ratéité" était de l'auto-dérision, on sait ce que Freud et la psychanalyse en pensent...
Bref, quelles qu'en soient les causes profondes, mon blog déménage à une nouvelle adresse, avec armes, billets, commentaires et bagages.
A ceux qui me feront l'amitié de venir de temps à autre, soyez les bienvenus (que je ne me sois pas fait chier à paramétrer Wordpress pour rien !)

Warren Erwan

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28 mai 2007

La France qui court (à sa perte?)

A la télévision, en couverture des magazines, ils courent.

Ensemble, séparément, François Fillon et Nicolas Sarkozy courent.
C'est jeune, c'est dynamique, ça vous a une gueule terrible, deux décideurs qui galopent ainsi, entraînant dans leurs sillages ahanants la France qui se lève tôt. On n'est peut-être pas entre de bonnes mains, mais bon pied bon oeil, pour sûr! La preuve: chacun a plus de 60% d'opinions favorables.

Pourtant, n'est-ce pas inquiétant les gens qui courent tout le temps, qui sont pressés, qui vont vite ? On ne prend plus le temps d'écrire, de choisir le mot adéquat, la tournure idoine, voire de trousser un petit néologisme  : on balance des SMS en langage abrégé. On ne prend plus le temps de lire, on va voir les adaptations au cinéma, on découvre les classiques à la télévision, c'est bien pratique, tous les héros ont les traits de Gérard Depardieu. On ne prend plus le temps de réfléchir, on préfère les slogans, les inanités sonores à la "travailler plus pour gagner plus" (c'était déjà possible avant Sarkozy 1er, si je ne m'abuse...) On ne découvre plus le monde, il nous est asséné en version digest par PPDA tous les soirs.

Non, ça ne me rassure pas un chef qui court sans cesse, comme pour échapper à l'introspection, pas plus qu'il ne me rassure lorsqu'il emporte ses dossiers à la plage. A la plage, on lit, on papote, on regarde passer les bikinis en rêvant à un monde meilleur (le lien entre "bikinis" et "monde meilleur" est purement fortuit...) A la plage, monsieur le Président, on prend le temps.

Et l'opposé de la course n'est pas l'inertie (et quand bien même ?...) Il est des mouvements lents, amples, majestueux; il est des tectoniques millimétriques aux effets pourtant spectaculaires; il est des transformations sans agitation, souvent les plus délicates. Un récent premier ministre affirmait : "la France a envie qu'on la prenne." Faut-il rappeler à nos dirigeants qu'il est d'autres manières de faire l'amour que rapidement et brutalement ?

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04 mai 2007

Ce monde n'est pas le mien...

Pendant qu'au nom du Progrès et de la Compétitivité s'assèchent les nappes phréatiques, se meure la biodiversité, se multiplient dans nos maisons et dans nos assiettes les produits cancérigènes, on s'apprête à élire en France un corporatiste menteur sans foi ni loi, un bandit plus cynique encore que le margoulin précédemment installé à l'Elysée.

Pendant qu'au nom du Naturel et de l'Evident, du Bon Sens et du Cela Va de Soi, le lien social se délite, les individus s'opposent, on affame 1/4 de la planète, des coques rouillées s'éventrent au large des côtes sauvages, la langue française se SMSise, on s'apprête à entériner démocratiquement la loi du plus fort.

Ne me dites pas que vous ne voyez pas le rapport. Ne me dites pas que la victoire des idées portées par M. Sarkozy n'est pas symptomatique d'une société malade, d'une monde en bout de course, d'une humanité qui a touché le fond.

Ouais, mais bon, tu exagères Warren, il ne faut pas tout mélanger : la guerre en Irak et l'appauvrissement des classes moyennes, l'accroissement du nombre d'obèses et l'ultra libéralisme publicitaire, les profits des multinationales et la hausse des agressions sur les personnes. Et on peut très bien être à la fois vendeur d'armes et patron de presse impartial et équitable, où est le problème?...

Ce monde n'est pas le mien...

Car pendant qu'on ratiocine pour savoir si Mme Royal a été meilleure que M. Sarkozy pendant le débat télévisé, pendant qu'on relève les erreurs de chiffres de l'un et de l'autre, pendant qu'on explique par les mécanismes normaux du jeu politique la lamentable trahison (vous voyez un autre mot ?) des députés UDF, des juges sont empêchées de perqusitionner à l'Elysée et M. Chirac se prépare une retraite paisible à l'ombre d'une amnistie programmée.

Pendant que des électeurs de gauche et d'extrême-gauche crachent sur leurs idéaux humanistes en organisant leur week-end à la pêche ou en passant au kärcher leur bulletin de vote, la vie politique se balkanyse.

Ce monde n'est pas le mien.

Et pourtant... Pourtant je suis persuadé qu'il faut continuer à gueuler, même dans le vide, qu'il faut continuer à écrire pour faire changer le monde, qu'il faut continuer à se sourire pour faire reculer l'irrespect.

Quel rapport avec mon blog, me demanderez-vous ? Si j'avais renoncé à mes principes, peut-être ne serais-je pas un auteur raté... 

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24 avril 2007

On ne naît pas citoyen, on le devient (mais pas tout seul.)

Ils ont une petite vingtaine d'années.
Ils préparent un BTS - donc tous ont le bac.

J'avais prévu de terminer mon cours sur les mouvements littéraires, car beaucoup considèrent Victor Hugo comme un auteur du Moyen-Âge et voient en Lamartine un personnage pour enfants, qui va volontiers à la plage. (Ah oui, l'auteur raté, ne vivant pas de l'écriture, exerce divers métiers, dont celui d'enseignant, de "formateur" plutôt devrais-je écrire, car j'exerce en dehors du giron de l'Education Nationale.)
Et puis, sur le chemin, qui me menait de mon boulot du matin à mon boulot de l'après-midi, je me suis dit qu'un petit rappel d'entre deux tours sur la Nation et la citoyenneté ne serait pas superflu. Après tout, ma matière ne s'intitule-t-elle pas "Culture générale et expression" ?

Ils ont une petite vingtaine d'années.
Ils préparent un BTS - donc tous ont le bac.

Pas un n'a su me dire sous quelle République nous étions, ni de quand elle datait, ni qui en avait été l'instigateur, ni de quand datait la majorité à 18 ans.
Pas un seul, sur trente élèves.
Je ne parle même pas de la différence entre l'Assemblée Nationale et le Gouvernement, entre la proportionnelle et le scrutin majoritaire; je ne parle même pas du 49-3, du Conseil Régional ni du Sénat.

Ils ont une petite vingtaine d'années.
Ils préparent un BTS - donc tous ont le bac.
Et le droit de vote.

Au lieu de se demander à longueur de débats et de médias : "que fait la police ?", ne serait-il pas temps de s'interroger sur notre système éducatif ? A moins que cela n'arrange pas nos élites que les citoyens aient les outils pour comprendre et pouvoir choisir en connaissance de cause.

A qui profite le crime - car c'en est un, contre la démocratie, contre l'Histoire, contre nous-mêmes ?

23 avril 2007

Madame Royal, il faut voir grand !

Second tour.

Il n'est plus question de droite, de gauche, de partis ou d'appareils.

Il n'est plus question d'alliances à la papa, d'appels du pied, de clins d'œil.

Soyons clairs : aucun candidat ne nous fait rêver. Mais on sait que l'un, Sarkozy, recherche une légitimation démocratique à la loi de la jungle quand l'autre prône... heu... on ne sait pas trop ce que défend Ségolène Royal, mais on peut croire (espérer ?) que sa présidence laisserait plus d'espaces de liberté pour que nous, citoyens, démocrates, humanistes, puissions (enfin?) essayer d'adoucir le fonctionnement de notre organisation socio-économique.

Que M. Sarkozy soit élu président et adviendra ce contre quoi les "forces de gauche" se battent, plus ou moins maladroitement, depuis la Révolution sinon Française du moins Industrielle : la victoire de l'intérêt individuel sur le collectif. Car ne nous y trompons pas, la droite s'est droitisée, et la France de M. Sarkozy ne sera pas celle, déjà pas brillante du point de vue du "vivre ensemble", de M. Chirac.

Nous avons le devoir de faire que cette campagne du second tour ne soit pas rase.
Nous avons le devoir de proposer à Ségolène Royal des idées, et elle a le devoir désormais d'ajuster son programme. Ce dernier a recueilli 25% des voix. Pour arriver à 50,1%, diaboliser Nicolas Sarkozy ne suffira pas. Tendre la main à ceux qui veulent « un vrai changement », « une autre société », ou je ne sais quelles formules électoralistes ne suffira pas.

Il faut se demander pourquoi François Bayrou a fait un score aussi haut et, ceci fait, choisir sans vergogne les meilleures dans les propositions de l'UDF, avec ou sans son consentement.

Comment, quand on est candidate du PS, choisit-on les meilleures propositions dans le programme d'un adversaire centriste (sans oublier les problèmes que soulève sans relâche la gauche de la gauche) ? C'est simple : ce sont celles qui mettent l'humain au centre ces préoccupations, par-delà les rhétoriques partisanes, les références poussiéreuses, les dogmes rouillés et les ambitions individuelles.

Ségolène, ne campez pas sur votre programme, ne nous noyez pas sous vos belles paroles, détendez-vous et osez enfin aller voir au-delà des barrissements de vos camarades ce que veulent vraiment les 26% qui vous manquent pour « une France présidente ». Parce que franchement, la loi du plus fort, nous n'en voulons pas. Le cynisme de Jean-françois Copé, nous n'en voulons pas. L'agressivité de Xavier Bertrand, nous n'en voulons pas. Les faux-fuyants de Philippe Douste-Blazy, nous n'en voulons pas. L'arrogance d'Alain Juppé, nous n'en voulons pas. L'affairisme de Balkany, nous n'en voulons pas. Bref, la France de Nicolas Sarkozy, et qu'importe qu'il soit sympathique ou non, ce n'est pas le concours du meilleur copain, nous n'en voulons pas.

Madame Royal, vous avez une chance historique, ne la laissez pas passer.


20 avril 2007

Quand Colombani se claudimbertise

Ce n'est pas surprenant pour qui a lu le Péan-Cohen. Mais quand même…

"Pour légitime que soit l'aspiration à la diversité, [...] celle-ci doit s'effacer devant un impératif démocratique : éviter la désillusion et la colère qui naîtraient à nouveau d'un débat faussé, amputé. Il est important que notre "cher et vieux pays" puisse, au second tour, dire clairement où il veut aller ; et se prononce sur une certaine idée de notre avenir, de notre vivre ensemble. Il faut donc, au soir du premier tour, que soient réunies les conditions d'une claire et grande confrontation entre deux projets de société. De ce point de vue, il y a dans l'offre politique disponible deux options : celle de Nicolas Sarkozy, se réclamant de la droite et de la majorité sortante, semble déjà sûre d'elle-même ; il faut donc souhaiter que la seconde, se réclamant de la gauche et qu'incarne Ségolène Royal, soit présente au second tour pour assurer les chances d'un vrai choix."

Comment Colombani peut-il, dans un silence médiatique assourdissant, proférer une telle énormité sans être débarqué par ses actionnaires, caillassé par ses lecteurs, roulé dans le goudron et les plumes par tous les (vrais) démocrates?

Je parlais dans un post précédent du « tout se vaut », celui qui donne le même poids sur un plateau de télévision à la parole de Michel Serres qu'à celle de Loana, à celle de Balkany qu'à celle de Jacquart (relire à ce sujet George Steiner), celui des goûts et des couleurs.

Voilà, on y est.

"L'impératif démocratique", monsieur Colombani, ce n'est pas un second tour Royal-Sarkozy, ce n'est pas l'UMP contre le PS, c'est la transparence et une certaine objectivité. "L'impératif démocratique", c'est nous dire que oui, Sarkozy est un magouilleur, un tricheur et un profiteur. So what? Chacun jugera en son âme et conscience s'il a envie d'avoir un bandit à la tête de l'Etat (ce qui a été le cas pendant 12 ans, et Mitterrand n'était guère mieux.)

"L'impératif démocratique", c'est nous dire qu'aucun candidat n'a vraiment pris position sur les retraites, la Sécurité Sociale, l'environnement et la Santé Publique.

"L'impératif démocratique", c'est nous dire que notre vote sert si peu face à l'OMC.

Le "quotidien de référence", tu parles...

Pourtant, tout est dans son regard à Colombani.

Absent.

Au-delà de vous.

Qui ne vous regarde jamais vraiment.

Teinté d'un soupçon de mépris.

Un homme peut tout dissimuler sauf le fond de ses yeux. Pour cette raison - l'ophtalmoscopie comportementaliste - je ne ferai jamais confiance à Douste-Blazy. A cause du regard fuyant et par en dessous. Ni à Sarkozy, à cause de l'insondable méchanceté qui gît au fond de ses pupilles - presque de la cruauté. Bon, j'aurai pu prendre des gens de gauche mais regardez Mme Buffet, la bonté et la bienveillance dans ses yeux. Et Arlette, hein? C'est pas de la générosité qui suinte du regard d'Arlette ?

Alors en vérité je vous le dis, ne vous fiez pas aux sondages, ni à cette raclure de bidet de Colombani (je suis sûr que quand il te serre la main, la sienne est molle; voire moite). L'ophtalmologie comportementaliste, voilà l'alliée !

Bon vote à tous et comme le disait l'ex de Cécilia, "bon dimanche" !

France Inter lit "Le blog d'un auteur raté"

Comment expliquer autrement cette information capitale développée à trois jours du premier tour de la présidentielle par Agnès Bonfillon ce matin sur France Inter dans le journal de 06h00 (l'auteur raté se lève-t-il tôt pour aller vaillamment gagner une croûte que son trop méconnu talent ne lui ramène pas ou pour profiter de la sylvestre bonace embrumée du petit matin peu à peu agacée des stridences orangées du soleil émergeant ?):

« Olivia Ruiz cartonne au Printemps de Bourges et rencontre les jeunes du Secours Populaire en marge de son concert » (je cite de mémoire, j'ai pouffé dans mon bol de cacao bio.)

Alors Olivia, on a besoin de se refaire une petite beauté ?

On s'est tellement allégée qu'un peu de densité paraît soudain indispensable ?

Je vends Coca-Cola mais je suis populaire et secourable, voici donc le message que nous délivre l'égérie d'une certaine jeunesse (6'000 spectateurs quand même.) A savoir « tout se vaut », Nicolas Sarkozy n'est pas un escroc puisqu'il dit qu'il est contre les parachutes dorés (c'est pas une preuve, ça ?), Ségolène Royal a compris les grands enjeux de notre temps puisqu'elle affirme que les banques plument impunément leurs clients, le nucléaire ce n'est pas si mal, d'ailleurs EDF a un très bon Comité d'Entreprise, et de quel droit descendez-vous « Chouchou », c'est du cinéma au même titre que n'importe quel autre film (revois Billy Wilder, petit bonhomme !)?!

On s'en fout, ce n'est pas grave, on passe à autre chose, et on peut lire la conscience tranquille tous les matins dans les transports Métro ou 20 Minutes tout en filant cinq euros au cours de la journée mondiale pour la liberté de la presse.

Bon sang, est-ce beaucoup demander qu'un peu de discernement?! Que chacun ait ses opinions, que tout le monde ne soit pas d'accord avec tout le monde, qu'on débatte, polémique, harangue, échange, convainque, partage, mais assez du terrorisme des goûts et des couleurs qui ne se discuteraient pas. La tolérance, ce n'est pas dire que toutes les valeurs et toutes les opinions se valent ; c'est les respecter toutes, et savoir pourquoi on défend les siennes. Franchement, j'ai plus de respect pour Philippe de Villiers que pour Nicolas Sarkozy.

J'enfonce souvent des portes ouvertes le matin, vous avez remarqué ? C'est à cause du spectacle du soleil s'étirant en baillant au-dessus du vallon. Ca me niaise. C'est un peu également à cause d'Agnès Bonfillon. Elle aurait pu poster un commentaire sur le site avant de parler d'Olivia Ruiz à

la radio. Ou

au moins citer ce blog. C'est quand même de là que tout est parti, non ?

Auteur raté, je vous dis... Jusqu'au bout...

14 avril 2007

La faute à qui ?

Les jours sans, l'auteur raté peut être tenté de faire usage de la technique millénaire du bouc-émissaire, qui permet de se décharger symboliquement de tous les dysfonctionnements de l'existence sur un élément extérieur. Symboliquement, car même si dans la campagne où réside l'auteur raté paît en liberté un troupeau de chèvres mené par un fier mâle, ce dernier, vu de loin, ne semble pas du tout le genre à se laisser sacrifier sans regimber. Et puis soyons sérieux, seules quelques civilisations résiduelles et attardées pratiquent encore cette purification de tous par le sacrifice de quelques-uns, dans certaines parties de l'Afrique et des Caraïbes principalement, où il ne fait parfois pas bon être un coq ou un poulet. Notre civilisation occidentale, évoluée et éclairée, se contente elle d'exterminer au choix les jésuites, les protestants, les juifs, ou de stigmatiser les étrangers, les chômeurs ou les homosexuels. Au vu de notre PIB par habitant, force est de constater que l'Histoire nous donne entièrement raison.

Girard_BE1

L'auteur raté, donc, est parfois sujet à de violents accès de désespoir. Cela peut le prendre à la vue d'un roman d'Alexandre Jardin ou de Lolita Pille en devanture de sa librairie (L'Atelier 9,  rue des Martyrs), à la lecture du nombre d'entrées réalisé par "Camping" ou en entendant une jeune chanteuse nous expliquer qu'elle "attend l'amour". Mais le spleen peut aussi violemment s'abattre sur son ciel comme un pesant couvercle au hasard d'un article du Canard Enchaîné détaillant les indemnités de départ d'un haut dirigeant qui a réussi le tour de force de licencier 10'000 salariés et de faire chuter l'action de 10 points.

Bref.

Dans ces cas-là, l'auteur raté est parfois tenté de transmuter sa déprime en colère et de déverser son aigreur sur diverses catégories d'auteurs réussis. Citons en vrac et dans le désordre:

  • les "fils et filles de";
  • les animateurs et animatrices de télévision;
  • les peoples-qui-ont-des-choses-à-dire, qu'ils soient comédien(ne)s, mannequins, stylistes, DJ, starfuckers, wheelsuckers, sportifs adulés ou encore personnalités politiques.

Il arrive aussi que les producteurs et éditeurs, par définition tous frileux et inféodés aux chiffres de vente, soient l'objet du courroux de l'auteur raté.
Mais bien vite, ce dernier se détend. Il allume une cigarette (chez lui, il a encore le droit de fumer), se sert un verre de vin (rouge et issu de l'agriculture biologique), enfourne The Stooges dans la platine et se force à réfléchir calmement.
Nous sommes dans un pays démocratique, où l'ascension sociale se fait au mérite. Chacun peut avoir sa chance dans notre pays où liberté, égalité et fraternité sont inscrits au fronton des écoles. Il existe naturellement des forts et des faibles, des winners et des loosers. Le marché et la libre concurrence fonctionnent sans entraves et permettent aux meilleurs de réussir. Donc si je suis un auteur raté, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.

J'écrase ma cigarette, je termine mon verre de vin (rouge et issu de l'agriculture biologique), et je remets sur le métier mon ouvrage...

La croissance (de ma rage)

Les USA ont fait 3 points de croissance au premier trimestre. En France, le gouvernement a tablé sur 2.2 points de croissance pour établir son budget, mais elle devrait être dans le meilleur des cas de 2.
Croissance, croissance, croissance... ils n'ont que ce mot à la bouche, leurs bouches formatées par l'économisme, cette gangrène postmoderne, pseudo-science inventée par ceux à qui profite le capitalisme (le capitalisme n'est pas « bon » ou « mauvais » en soi, il est ce qu'en font les hommes, donc perverti ou non.)
Car l'économie n'existe pas. Il existe des échanges, des besoins presque naturels comme manger, se loger, se vêtir ; il existe un mode d'organisation de ces échanges, qui inclut la production de biens et de services. Et il existe une caste qui perfectionne sans cesse cette organisation à son profit quasi exclusif, en abaissant le coût de la main d'œuvre, en délocalisant, en monopolisant, en défiscalisant, et en semant quelques miettes de pain et beaucoup de jeux (payants) histoire de détourner l'attention des éventuels poseurs de question (il est plus facile de traiter avec les poseurs de bombes, CQFD.
Cette caste informelle a besoin de légitimer sa mainmise sur le monde; elle a donc inventé les économistes, chargés d'expliquer au bon peuple que la libre concurrence est normale, voire naturelle, que telle mesure impopulaire est nécessaire à la « croissance » (donc au bien-être commun), et que la fin justifie les moyens.
Les économistes, pour justifier à leur tour leur utilité et leurs émoluments, ont inventé des théories, des schémas, des graphiques et un jargon. Et ce dernier point, le jargon, n'est pas le moins important car le langage est un moyen de contrôle et de pouvoir ; le langage dit le monde. Inventer un langage, c'est inventer un monde. « Cash flow », « capacité d'autofinancement », « taux marginal de rentabilité », « second marché » : ces expressions inventent un monde dont la majorité est exclue, un monde en apparence rationnel, un monde en apparence sous contrôle - les krachs boursiers nous rappellent régulièrement qu'il n'en est rien. Ce mécanisme de contrôle atteint la perfection avec la comptabilité, qui est le moyen ultime de travestir la réalité, de créer des richesses fictives, de dissimuler celles qui donneraient lieu à imposition, bref de dresser un écran de fumée entre les béotiens et les initiés.
Transparence et démocratie, Droits de l'Homme, bla bla bla...

Pour en revenir à la « croissance », personne ne sait très bien ce que recouvre ce terme, mais il semble acquis qu'elle doive être permanente. Pourtant, rien ne prolifère jamais indéfiniment ; rien ne se développe jamais éternellement ; le mouvement perpétuel n'existe pas. Sauf en économie, où il faut chaque année plus de profit que l'année précédente pour les actionnaires, et donc chaque année plus de croissance que l'année précédente - parce que qui dit croissance dit profits (et non emplois, la réalité nous le prouve chaque jour).

Et puis croissance de quoi ? PIB, PNB, ne vous inquiétez de rien, les spécialistes savent de quoi ils parlent. OCDE, FMI, faites leur confiance, ils ne veulent que votre bonheur, augmenter votre pouvoir d'achat, vous n'êtes pas contre le pouvoir d'achat tout de même ? D'ailleurs « croissance », ça sonne bien, non ? C'est d'ailleurs ainsi que l'on nous a endormi, à force de nous bercer de jolis termes comme « création de richesses », « compétitivité ».

Mais au fond, à quoi devrait servir une organisation sociale ? A organiser la compétition entre ses membres, ou à assurer leur bien-être ? Mon bien-être passerait par la mise en concurrence avec mon voisin ? Je ne me sens le concurrent de personne. Je me fous de la croissance de la zone euro, de la balance commerciale de la France et du niveau quotidien du CAC 40. Je veux vivre dans une société où chacun peut manger, dormir, se soigner et être en relative sécurité, non pas entouré de CRS mais parce que chacun respecte la liberté de l'autre. Ensuite, créons des petits espaces de jeux pour ceux qui tiennent absolument à prouver qu'ils sont meilleurs que les autres, pour ceux qui veulent se battre. Ca s'appelle des rings. Mais que cet espace où l'on parlera taux de profit, indices boursiers et taux de change soit distinct ce celui où nous vivrons ensemble au quotidien. J'entends d'ici les économistes hurler à l'idéalisme. Mais le monde n'est pas « naturellement » (l'adverbe préféré de Chirac) un gigantesque marché peuplé de prédateurs et de proies. Comme les hommes ne sont pas « naturellement » bons, mauvais, pédophiles ou hétérosexuels. Et la croissance n'est pas une fatalité.

C'est le bonheur qui devrait en être une.

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13 avril 2007

Le paradigme Olivia Ruiz

« Bien sûr, j’ai eu le sentiment de me pervertir en faisant ça » dit Olivia Ruiz à propos de la Star Academy, tout en racontant à longueur d’interview combien son passage dans cette émission l’a desservie. Car Olivia n’est pas un produit de la télé réalité, elle est rebelle, elle a des choses à dire. Et au moment où on commençait à la croire, à trouver courageux la manière dont elle s’est battue pour se débarrasser d’une supposée étiquette en forme de code-barre, qui voit-on vanter à longueur de couloirs de métro Coca-Cola Light ? La même petite victime de la société de consommation et de loisir, tout sourire.

Alors soit Mlle Ruiz est masochiste, ce qui n’est pas un défaut – une névrose au pire -, soit elle est dangereusement paradoxale.

Dangereusement en ce qu’elle est le reflet d’une certaine jeunesse en manque de principes, capable d’idolâtrer Nicolas Hulot tout en roulant en 4x4 et en installant des convecteurs électriques, capable de prendre position pour les sans-papiers tout en faisant ses courses en grande surface (qui pressurent honteusement leurs salariés les plus précaires, faut-il le rappeler), capable de défendre le commerce équitable au cours de dîners bobos aux Abbesses tout en se vendant à Coca-Cola.

ruizCoca

Cette génération semble incapable de relier les faits entre eux, d’établir des liens de cause à effet, de comprendre, en un mot, que tout est lié et que nous avons chacun un devoir d’exemplarité en mettant en accord nos discours et le moindre des actes de notre vie quotidienne. Il est facile de brocarder Jacques Chirac se posant en héraut de la justice, alors qu’il est de notoriété publique que l’homme est un margoulin de classe mondiale ; mais nul ne peut s’arroger ce droit s’il n’est exempt de tout reproche. Si vous téléchargez illégalement de la musique, si vous faites jouer vos relations pour ne pas payer un PV, si vous mentez sur votre déclaration de revenus, vous êtes à classer dans la même catégorie que notre futur ex-président. D’ailleurs, le fait que Nicolas Sarkozy ait profité de sa position de maire de Neuilly pour faire de la spéculation immobilière ne semble pas émouvoir grand monde au pays de Robespierre et Saint-Just, alors qu’il me semble que ce monsieur devrait d’office être inéligible.

« Chaque jour sur terre, les hommes s'assument de moins en moins
Que peuvent-ils encore faire pour mieux éclairer nos destins
Leurs desseins sont clairs, c'est le billet vert, la bourse des vauriens
Et le monde des affaires, qui chaque jour s'affaire, les autres ça fait rien
» chante Olivia Ruiz dans « Qui sommes-nous ? », avant de demander en fin de refrain « Qu’attendons-nous ? »

On attend que vous nous montriez la voie, Olivia. C’est en partie le rôle d’un artiste (cf Albert Camus, « L’homme révolté. »)
Non ?

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03 avril 2007

Situation de l’auteur raté au 03/04/07 (écrits personnels)

Romans écrits : 4

Romans en cours d’écriture : 2

Romans publiés : 0

Réponses négatives d’éditeurs (lettres types) : heu… beaucoup.

Réponses négatives d’éditeurs (lettres personnalisées) : 8

Romans en attente chez un éditeur : 0

Scénarios écrits (longs-métrages) : 4

Pitches en cours : 3

Réponses négatives de producteurs : depuis quand les producteurs prennent-ils la peine de répondre aux auteurs de scénarios ?… (je médis : gloire à Chez Wam, la société d’Alain Chabat !)

Chansons écrites : environ 120

Chansons enregistrées : 10

Chansons en attente chez un artiste/éditeur/producteur : 0

Pièces de théâtre écrites : 3

Pièces déjà jouées : 2 (mais cela ne compte pas, c’est moi qui les ai produites)

Pièces en attente d’être rejouées : 2 (mais cela ne compte pas, c’est moi qui vais les produire)

Pièces de théâtre publiées : 0

Séries télévisées écrites : 2

Séries télévisées diffusées : 0

Séries télévisées en attente chez un producteur : 1

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Nouvelles rassurantes

Je reçois pléthore de messages du monde entier pour m’inciter à « tenir bon », à « redresser la tête », à « ne pas déprimer ». Cette sollicitude et ces encouragements me touchent, mais je suis au regret de préciser que JE VAIS TRES BIEN !

Toutes ces marques de sympathie montrent combien est intériorisée l’obligation de réussite individuelle : puisque je me présente comme un « auteur raté », je suis conséquemment dépressif. Il n’en est rien, et j’en profite pour asséner une petite leçon de vie, à la coule, l’air de rien : mon bonheur individuel ne dépend pas de ma réussite professionnelle.

Je suis un auteur raté, certes, mais je m’efforce chaque jour un peu plus d’être un homme réussi.

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30 mars 2007

Extrait de "[ex]pulsions", thriller footballistique

Un sanglier ! Jesus Ramos ressemblait à un sanglier ! Jean-Marie Mazzini sourit pour lui-même, pendant que le manager de Fernando achevait de feuilleter le contrat qui allait lier son joueur à l’Olympique de Paris. Peut-être…

Bah… Aucune raison de s’inquiéter. Le rustaud brésilien avait déjà eu le temps de faire étudier la centaine de pages par ses juristes. D’ailleurs, il reposa finalement le document sur la table basse en soupirant. Un sourire matois arqua les lèvres de Mazzini : pas ce petit jeu, Ramos… Pas avec moi…

Il connaissait par cœur les exigences de dernière minute, les petits chantages d’avant signature. Il ne cédait jamais. Le brésilien leva les yeux sur Jean-Marie. Il le jaugeait. Il le sondait. Jean-Marie avait une prestance de circonstance, avec regard minéral assorti ; l’attitude avait fait ses preuves, rodée depuis des années dans d’âpres négociations. Sous des dehors flegmatiques, il savourait l’intensité de ces instants décisifs. Il avait quitté la florissante entreprise paternelle, dont la direction lui était pourtant promise à brève échéance, justement pour vivre ce genre de minutes funambules, veiné de l’euphorie jubilatoire d’une adrénaline canalisée.

   Ca me paraît ok, lâcha finalement Jésus Ramos, dans un français rocailleux.

Le sanglier avait renoncé à la guerre des nerfs.

   Dites : personne n'est au courant que vous êtes ici, c'est sûr ?

   Personne, senor Mazzini. Personne. Nous ne sommes pas venus directement à Paris. Et avec des faux passaportes : senor Tabarez et senor Fonseca,  comprende ?

   Comprendo, comprendo...

Mazzini avait été présenté à Fernando en arrivant, puis ce dernier s’était éclipsé par la porte de communication vers ses appartements. Il était temps de revenir, temps de signer, drôle de sentiment tout à coup, malaise diffus.

Pendant que les deux hommes d’affaires paraphent son futur, le jeune prodige chantonne sous la douche, un massacre osé de « je n’ai pas changé » entrecoupé d’incursions lexicales dans la langue française, à l’élégance discutable et à la prononciation approximative, « bonyour madémoiselle », « volié vos coché abec moi cé soir ? » et autres « encoulé » qui le font ricaner sous le jet tiède.

Il s’interrompt brusquement. Un bruit dans la pièce adjacente. Il tend l’oreille. Rien. Il hausse les épaules et reprend ses travaux pratiques, « yé né pas chanché ».

Dans la pièce voisine, Jésus Ramos se lève.

   Bon, yé bé aller chercher Fernando.

C’est ça, va le chercher, on signe et je me casse. Jean-Marie n’aimait pas le manager au regard vicieux. Il avait soudain hâte que tout se termine.

Au moment où le sanglier brésilien atteignait la porte de communication – n’étaient-ce pas plutôt des phacochères par là-bas ? se demanda Jean-Marie -, on frappa à la porte d’entrée. Ramos alla ouvrir, laissant entrer dans un grand sourire vorace une jeune femme poussant un chariot. Cristal Roederer Brut Millésimé 1976, et trois coupes. 

*

[…]

*

Ramos reluquait la fille, qui semblait habituée à ce genre de spécimen mateur.

   Yé n’ai rien commandé. Mais si yé dévais choisir, yé né prendrais pas le champagne...

Certainement la manière phacochère de dire merci…

   Ca s’arrose, non ? dit Jean-Marie.

Bourrelé par son inexplicable angoisse, il regrettait pourtant déjà son geste grand seigneur.

   Senor Mazzini, vous nous gâtez ! Yé vais chercher Fernando.

Mais Ramos ne bougeait pas, les yeux braqués sur les fesses de l’imperturbable serveuse, qui proposa de déboucher le champagne.

*

[…]

*

Le rideau de douche s’écarte sèchement. Fernando a un petit sursaut de stupeur, puis éclate de rire en découvrant une apparition en survêtement, le visage recouvert d’un masque à l’effigie de Michel Platini.

Aucunement gêné par sa nudité, il ouvre la bouche pour parler mais c’est un flot de sang qui en sort. Son idole en latex vient de lui enfoncer une lame dans les entrailles.

L’agresseur frappe trois autres coups et lève le bras pour en porter un quatrième à la gorge d’un Fernando gisant au fond de la baignoire.

Bruit de porte.

   Fernando ! Fernando, vien aqui, para biber champagne !

« N’approche pas… N’approche pas… »

   Fernando ! ?

« Reste où tu es… »

Ramos marque un temps d’arrêt puis, intrigué par le silence de son joueur, traverse le salon et la chambre en direction de la salle de bains.

« N’approche pas, tu vas m’obliger à… »

   Fernando, arriba !

Ses derniers mots : une lame de trente-sept centimètres aiguisée en diable lui a tranché la gorge.

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29 mars 2007

Savoir choisir ses amis dans le showbiz'

Jeunes auteur qui voulez éviter les pièges de la ratéité, attention ! Cette donnée est cruciale ! Pour n’avoir que des amis inutiles dans le processus décisionnel, j’ai dégringolé.
Et pourtant, vu de l’extérieur, mon relationnel à de quoi faire frétiller le gandin. J’ai pour partenaire de tennis un réalisateur de blockbusters, je suis ami intime d’une chanteuse pour le moins hype, les circuits imprimés de mon téléphone portable recèlent quelques numéros d’habitué(e)s des pages people et j’ai un accès, direct ou non, à une quinzaine d’autres. Oui, si j’étais moins à cheval sur les principes, sans doute aurais-je pu entretenir un réseau et, en manœuvrant habilement, me placer sur quelques coups.
Mais le véritable handicap ne tient pas à ma rigueur morale. Non. Mon relationnel est stérile parce que les comédiens ne sont que des interprètes, la plupart des chanteurs et chanteuses également – et quand ils ne le sont pas, ils écrivent leurs propres textes. Mes amis du show-biz’ sont très décoratifs en société mais absolument inutiles à ma carrière car eux-mêmes dépendent d’autres gens, ceux qu’il faut courtiser au lieu de perdre votre temps en avant-premières ou en backstage avec des couvertures de magazines : les producteurs.
Quand je l’ai compris, il était trop tard : je n’étais plus prêt à faire de concessions (et eux ne se souvenaient plus de mon nom, accessoirement…)
Et puis autre facteur à ne pas négliger : la pente. Glisser vers la ratéité dans ce milieu revient à contracter la lèpre. Et les auteurs-espoirs ou auteurs-à-suivre se bousculent pour prendre votre place au côté d’une personnalité que vous contribuez, en tant que courtisan-qui-se-pense-ami, à mettre en valeur alors que vous croyiez, double erreur, que cette personnalité vous mettait en valeur. Vous suivez ?
N’oubliez pas non plus que si vos potes stars, starlets ou starlettes deviennent par extraordinaire de vrais amis, il est ensuite très difficile de leur demander de vous aider. En effet, vous ne voulez au début surtout pas qu’ils croient votre amitié intéressée ; puis, la relation se solidifiant, vous ne voulez pas les ennuyer avec vos angoisses, et eux ne voient plus en vous ni un auteur-en-devenir, ni un auteur-à-suivre mais seulement un ami.
Ce qui ne vous arrange pas.
Non, décidément, l’amitié avec des peoples ne sert à rien, ne perdez pas votre temps. Votre véritable ami, pardonnez-moi d’insister, s’appelle Le Producteur. Mais chez ces gens-là, monsieur, on n’a pas d’amis, on n’a pas d’amis ; on signe des contrats…

(Et si je vendais aux enchères le numéro de portable d’André Manoukian, ou des maquettes de jeunesse de Benjamin Biolay pour monter ma prochaine pièce de théâtre ?…)

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L'auteur raté et les femmes

Etre un auteur raté ne présente pas que des inconvénients. Dans la vie sentimentale par exemple, il est extrêmement pratique d'être un auteur raté.
En phase de séduction, vous êtes un auteur. Prestige, aura d'élégance et de classe. Si vous êtes volubile, elle s'émerveillera de la munificence de votre imagination ; taiseux ou timide : vous êtes tout en vie intérieure, intimes et luxuriants jardins. Peut-être même que vous souffrez. Quoi qu'il en soit, vous réfléchissez - "mais en ce moment, je pense à toi", toujours bon à placer en fin de dîner (ne me remerciez pas, c'est de bon coeur.)
Lorsque vous décidez de rompre, rien de plus facile : présentez-vous comme un raté. Vous ne vous aimez pas, donc vous êtes inapte à l'amour. Vous êtes un nul, vous ne la rendrez jamais heureuse.
Récapitulons : auteur pour séduire, raté pour s'enfuir - ce qui, chez certains confères, se transforme aisément en : "auteur le soir, raté le matin". Nous ne cautionnons bien évidemment pas cette attitude qui jette l'opprobre sur notre corporation en particulier et les mâles en général.

28 mars 2007

Avant d'être un auteur raté (part 1)

On ne naît pas auteur raté, on le devient. Le processus est lent. Connaissant assez peu d'autres spécimens que moi - et puis beaucoup rechignent à s'avouer auteur raté -, je vais développer mon parcours vers la ratéité (oui, j'invente le concept.) Non pas par nombrilisme exacerbé mais toujours dans ce souci de transmettre à mon prochain une expérience éventuellement profitable (ainsi que dans l'espoir fol que ce "prochain" soit de l'engeance des décideurs et s'amourache de mon style et de mon esprit, mais ceci est un secret.)

Sapristi! Voilà aussi pourquoi je suis un auteur raté: je digresse. Là où un pro reste focalisé sur son sujet, déroule la narration sans barguigner, moi je flâne, j'ai la plume buissonnière.

Apprendre la rigueur. L'efficacité. Droit au but, sans dribbles superflus.

Mon parcours : étudiant truffé de diplômes, intermittent du spectacle, entrepreneur individuel puis cadre successivement dans deux grandes multinationales du divertissement « culturel ».
Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous savez que j’ai toujours écrit, et ce sans jamais me vautrer dans le solipsisme. Et un matin, j’eus la claire certitude que ma vie professionnelle, aussi gratifiante fût-elle tant pécuniairement que symboliquement, m’éloignais de moi-même.
Je voulais être auteur.
Alors j’ai tout abandonné, primes et treizième mois, pulpeuse assistante et séminaires alanguis sous de juteux soleils.
(Bon, la réalité fut un peu plus complexe mais ma légende s’accommode très bien de cette version hagiographique.)

J’ai tout abandonné, donc, et je suis devenu auteur.

(Gros plan sur le visage épanoui de Warren. Musique triomphale. Générique.)

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27 mars 2007

Pourquoi ce blog

J'ai échoué.
Je ne peux plus me mentir, je ne dois plus me cacher, j'ai échoué.
Depuis que je sais écrire, j'écris. Ne riez pas, ce n'est pas le cas de tout le monde. J'écris des histoires, qui sont devenues des pièces de théâtre, des romans, des scénarii pour le cinéma ou la télévision.
J'écris des textes que je relis sans relâche, que je patine. Je griffonne sans arrêt, je rature, je reprends. J'écris la nuit ou le week-end parce que je travaille par ailleurs - nous y reviendrons -, j'écris parce que j'ai des choses à dire, à transmettre, à partager, parce que je veux changer le monde, parce que les livres sont la mémoire de l'humanité, parce que je le dois.
Très tôt, j'ai voulu en faire mon métier.
Et j'ai échoué.
Comme tant d'autres me direz-vous. Oui. Mais si le monde s'intéresse beaucoup, à tort ou à raison, aux écrivains qui ont réussi, que sait-on des écrivains ratés ? Que sait-on de leur quotidien, des lambeaux d'illusions qu'il leur reste ?
Rien.
Et il est temps de réparer cette injustice.

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Auteur raté vs auteur maudit

Un des pires affronts que puisse subir l'auteur raté, c'est d'être pris pour un auteur maudit.
Non, non et cent fois non ! L'auteur raté est à l'auteur maudit ce que le pasteur protestant est au moine chartreux.
L'auteur maudit l'est par le monde, qui ne comprend pas son génie. L'auteur raté l'est par sa faute, incapable de vivre de sa vocation.
L'auteur maudit écrit pour la postérité quand l'auteur raté accepterait d'écrire pour un magazine sportif. Parce que l'auteur raté se dit que le magazine sportif sera un tremplin, lui permettra de faire connaître l'agilité de sa plume et l'habileté de sa pensée. L'auteur maudit, lui, méprise le football et ce sera les Editions de Minuit ou rien (si Verticales appelle, on peut quand même discuter...)
L'auteur raté est même prêt à écrire pour la télévision - il a quelques projets de série dans ses tiroirs - alors que l'auteur maudit à cassé son vieux poste en y jetant son verre d'absinthe après trois pages du dernier Florian Zeller...
L’auteur raté écrit mieux que Florian Zeller.
L’auteur maudit est plus beau.

26 mars 2007

Qu'est-ce qu'un auteur raté ?

Un auteur raté n'est pas un mauvais auteur.
Un auteur raté a, sinon du talent, du moins un peu de savoir-faire; on lui reconnaît quelques qualités d'écriture.
La plupart du temps, l'auteur raté a même obtenu de petits succès d'estime, quelques encouragements de gens "du milieu", parfois haut placés. Ces gratifications vont de la place d'honneur lors d'un concours provincial de jeune écrivain à la collaboration, gracieuse, à l'écriture d'une série TV à laquelle les producteurs renoncent finalement, pour d'obscurs motifs et sans que l'auteur raté l'apprenne directement.
Parfois, l'auteur raté a réussi à placer une chanson auprès d'une star ratée (i.e. un(e) interprète qui n'a jamais été invité(e) à chanter à la Starac' ni à décorer chez Fogiel). Ces réussites mineures sont autant d'encouragements à continuer, à ne pas baisser les bras, à se battre. Elles empêchent l'auteur raté de devenir un auteur maudit, un auteur aigri, voire un auteur suicidé.
Un auteur raté est donc un auteur qui ne réussit pas à vivre de son écriture. Ce qui induit qu'il essaye. Un auteur raté a quelques contacts qui pourraient le faire travailler, ou qui connaissent quelqu'un qui pourrait le faire travailler. Peut-être l'auteur raté ne sait-il pas faire fructifier ces connexions...
En résumé, l'auteur raté n'a jamais été publié ni édité, est inscrit à la SACEM, leur coûte plus (en timbres) qu'il ne leur rapporte, doit refuser poliment quand la SACD lui propose de prélever le montant de son adhésion sur ses droits d'auteur à venir (il n'y en n'a pas), et se psalmodie quotidiennement que Jean Rouaud à obtenu le prix Goncourt avec un manuscrit envoyé par la poste alors qu'il était kiosquier.

Des questions ?...

Posté par warrenharel à 23:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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